Un mur de refend est un mur porteur intérieur. Il ne délimite pas le bâtiment : il le structure de l’intérieur en reprenant les charges verticales des planchers et de la charpente pour les acheminer jusqu’aux fondations. Dans une maison individuelle, c’est souvent lui qui permet de franchir des portées que les seuls murs de façade ne peuvent pas couvrir seuls.
Jonction refend-façade et ratio de ponts thermiques en RE2020
La liaison entre un mur de refend et un mur extérieur constitue l’un des points les plus pénalisants du calcul thermique réglementaire. Depuis l’arrêté RE2020 du 4 août 2021, chaque jonction est quantifiée par un coefficient linéique ψ, et le ratio global de ponts thermiques doit rester sous 0,33 W/(m²·Sref·K) pour le bâtiment.
En isolation par l’intérieur, le refend traverse la couche d’isolant et crée une ailette conductrice vers l’extérieur. Le coefficient ψ de cette liaison est nettement plus élevé qu’en isolation par l’extérieur, où le refend reste « noyé » dans l’enveloppe isolante sans contact direct avec la paroi froide.
Nous recommandons de traiter ces jonctions dès la conception : rupteurs thermiques intégrés au coulage, retour d’isolant sur les premiers centimètres du refend côté pièce, ou continuité de l’isolant en about de plancher. Sans ce traitement, un seul refend transversal peut faire exploser le ratio ψ du projet et compromettre l’attestation RE2020.

Refend longitudinal ou transversal : choix structurel dans une maison individuelle
La distinction n’est pas qu’un exercice de vocabulaire. Un refend transversal relie les deux murs gouttereaux (les façades longues) et fonctionne comme un contrefort interne : il reprend les charges verticales du plancher tout en assurant le contreventement face aux efforts horizontaux (vent, poussée de charpente).
Un refend longitudinal, lui, est parallèle aux façades longues. Il divise la portée du plancher en deux travées plus courtes. Dans une maison de plain-pied avec charpente traditionnelle, nous l’observons souvent sous la panne faîtière ou sous une panne intermédiaire, pour éviter de recourir à des fermettes industrielles de grande portée.
Positionnement courant en pavillon
Sur une maison rectangulaire de gabarit classique, le refend transversal est placé au tiers ou à la moitié de la longueur. Il sépare typiquement la zone jour de la zone nuit. En R+1, il porte le plancher intermédiaire et, s’il monte jusqu’aux combles, il sert d’appui à la charpente.
Quand la maison dépasse une dizaine de mètres en façade, un second refend transversal peut devenir nécessaire pour limiter la portée des solives ou des poutrelles. Le calcul de descente de charges, réalisé par le bureau d’études structure, fixe la position et l’épaisseur minimale du refend en fonction de la nature du plancher (béton, bois, mixte).
Matériaux de refend et épaisseur : béton, parpaing, bois
Le matériau du refend dépend du système constructif de la maison. En construction maçonnée classique, le refend est monté en parpaing de 15 ou 20 cm, chaîné verticalement et horizontalement au même titre que les murs de façade. Le DTU 20.1 encadre les règles de mise en œuvre.
En béton banché, le refend fait partie du même coulage que les autres voiles porteurs. Son épaisseur courante se situe autour de 15 à 18 cm pour une maison individuelle, mais le dimensionnement réel relève du bureau d’études.
- En ossature bois, le refend prend la forme d’un panneau contreventé (OSB ou dérivé) fixé sur une ossature de montants. La section des montants et l’entraxe sont calculés selon les charges à reprendre et les exigences de contreventement.
- En maçonnerie, les blocs de 20 cm offrent une meilleure inertie thermique et une isolation acoustique supérieure entre les pièces, point que nous détaillons plus bas.
- En béton armé, le refend accepte des trémies (portes, passages) à condition de prévoir des linteaux dimensionnés, contrairement au parpaing où chaque ouverture fragilise davantage la section résistante.
Refend et performance acoustique entre pièces
Un refend en parpaing de 20 cm plein offre un affaiblissement acoustique bien supérieur à une simple cloison en plaques de plâtre sur ossature métallique. C’est le refend qui fixe le confort acoustique entre deux zones de vie, pas la cloison de distribution.
En maison individuelle, placer le refend entre la zone nuit et la zone jour (ou entre deux chambres et le séjour) garantit un niveau d’isolement difficilement atteignable avec des doublages légers. L’inertie du matériau massif bloque les basses fréquences que les cloisons sèches laissent passer.
Piège fréquent en rénovation
Lors d’un décloisonnement, nous constatons régulièrement que des propriétaires confondent un mur de refend avec une cloison épaisse. Les indices ne trompent pas : le refend repose sur une fondation propre (visible en vide sanitaire ou en sous-sol), son épaisseur dépasse 15 cm, et les solives du plancher supérieur s’appuient dessus.
Toute suppression d’un refend exige un calcul de reprise de charges par un ingénieur structure, suivi de la pose d’un élément porteur de substitution (IPN, poutre en béton précontraint).
- Vérifier en sous-sol ou vide sanitaire si le mur dispose de sa propre semelle de fondation.
- Observer la direction des poutrelles du plancher : si elles s’appuient perpendiculairement sur le mur, celui-ci est porteur.
- Mesurer l’épaisseur hors enduit : au-delà de 15 cm, la probabilité d’un refend est forte.
- Taper au marteau : un son mat et sourd (béton, parpaing plein) s’oppose au son creux d’une cloison légère.

Inertie thermique du refend : un atout sous-estimé en maison individuelle
La RE2020 ne fixe pas de résistance thermique minimale mur par mur, mais évalue la performance globale du bâtiment via un calcul complet incluant le besoin bioclimatique (Bbio) et le confort d’été. Un refend en matériau massif contribue directement à l’inertie thermique intérieure, paramètre déterminant pour limiter la surchauffe estivale sans recourir à la climatisation.
Un refend en béton ou en parpaing plein stocke la fraîcheur nocturne et la restitue en journée. En maison à ossature bois, où l’inertie est structurellement faible, l’ajout d’un refend maçonné (souvent le mur séparatif central) compense ce déficit et améliore le classement DH (degrés-heures d’inconfort).
Un mur de refend bien positionné remplit donc simultanément trois fonctions : structurelle, acoustique et thermique. Penser son emplacement dès l’esquisse évite les correctifs coûteux en isolation rapportée ou en traitement acoustique après coup.

